Podcast Rock & Folk - Faut qu'on parle... sur Indochine





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Revue de presse novembre 2021 : Le livre Indochine Dizzidence Rock'n'Roll à la radio, sur Rock Made In France, et sur des blogs

 



Ouest- France, 22 octobre





 

On parle aussi d'Indochine : Dizzidence Rock'n'Roll dans Le Monde







 

Quelques coupures de presse sur mon dernier livre, Indochine : Dizzidence Rock'N'Roll




 

Interview parue dans Twice (n°76 - octobre 2021) à propos du livre "Mark Hollis, ou l'art de l'effacement" édition du Boulon






Dans Twice, on a toujours aimé chemins qui se croisent, les liens qui se font naturellement et parfois de façon surprenante, avec des points de

départ pas vraiment prévus... Effectivement, je réécoutais cet été un de mes albums favoris : The Colour Of Spring de Talk Talk sorti en 1986, et pensais alors écrire un papier dessus pour fêter ses... 35 ans d'existence. Il a suffit d'évoquer ce nom pour qu'une lectrice de Twice lève le doigt pour m'annoncer la sortie du film Silent in Way du réalisateur Gwen Breës sur le groupe et d'un superbe livre intitulé Mark Hollis ou l'art de l'effacement. Prise de contact avec l'éditeur, lecture profonde et délicieuse sous le soleil de la fin de l'été, et rencontre avec son auteur Frédérick Rapilly qui m'accorda cette longue et passionnante interview... 

Time it's time...

Bonjour Frédérick, très flatté de rencontrer un journaliste qui a interviewé la crème des rock stars mondiales (avec une liste d'artistes longue comme les deux bras...), et très content de voir que nous avons abordé l'univers de Talk Talk d'une manière assez proche (au début des années 80, pendant les années collège, du côté de Vannes...). Avant de parler précisément du groupe de Londres, présente­toi et dis ­nous ce qui t'a amené à devenir journaliste musical.

Alors, je précise que si je m’y connais un peu en musique, je suis ou j’ai été journaliste spécialisé dans pas mal de domaines très différents : les faits divers, le sport, la voile, le surf, la culture au sens large, la télévision... À Télé 7 Jours, où je travaille depuis un sacré bout de temps, je m’occupe aussi bien de séries que de livres, et j’interviewe un jour Norah Jonesou Dave Gahan, et le lendemain une animatrice comme Faustine Bollaert ou une danseuse comme Marie­ Claude Pietragalla. Mais j’ai toujours une oreille, une seule (je suis sourd de naissance de la gauche), pour la musique. Et ça va de l’indie pop à l’electro, en passant par le post­punk qui était vraiment le son de mon époque avec la new wave... Quand je dis "mon époque", je veux parler de mon adolescence en Bretagne. J’étais dans un lycée de Jésuites à Vannes, réservé aux garçons jusqu’à la classe de seconde. Nous avions une salle d’écoute où les collégiens entraient sur la pointe des pieds. Les plus grands, les lycéens, passaient des disques de Simple MindsU2MadnessThe Cure aussi, ce genre de trucs... Il y avait aussi un groupe au collège qui faisait des reprises de The Police : "Walking On The Moon"... Je les détestais. Bon, j’avoue depuis j’ai bien dû interviewer 4 ou 5 foisSting. J’allais souvent l’été en Irlande ou à Londres pour des échanges et apprendre l’anglais. J’ai très vite ramené des disques, et en général je choisissais ceux que je savais introuvables par chez moi. C’est comme ça que j’ai acheté à Limerick en Irlande vers 14 ou 15 ans l’album First And Last And Always des Sisters of Mercy. Je pensais que je m’étais planté de vitesse en le mettant sur la platine, tellement la voix d’Andrew Eldritch était bizarre. Le père de mon correspondant, très catholique, me disait que j’étais sous l’influence du diable. J’écoute toujours ce disque. Bon, après en résumant vite, j’ai voulu monter un groupe avec mon poteFrançois Le Joncour. On était surtout très fort pour trouver des noms qui, dans notre petite tête, sonnaient bien : Sadness is BeautyBoris Vian Red Grass... J’ai brièvement fait partie de Freud Fire où je crois que je faisais des percussions sur radiateur, un groupe entre Depeche Mode et Indochine. Il y avait un morceau, "Sweet", super bizarre où le chanteur racontait qu’il ramassait un bonbon dans la rue, se le mettait dans l’anus, et ensuite le suçait... Ouais, bizarre. Déjà, dans l’esprit de Die Form. Bon, après j’étais dans le même lycée qu’un certain Philippe Jugéqui était un des fondateurs de la revueMagic Mushroom, qui est devenu Magic. Je n’y ai jamais écrit mais j’aidais à le vendre à Rennes quand c’était encore un fanzine. Après, je suis devenu DJ, j’ai organisé des fêtes dans les alignements de Carnac, sans savoir qu’un jour on appellerait ça des raves. On a eu droit aux gendarmes, et tout le toutim mais c’était à la fin des années 80, début des années 90. Je passais "Pump Up The Volume" deM.A.A.R.S (la moitié de Colourbox, et la moitié de AR Kane)," Beat Dis" de Bomb The Bass, avec "Funkhadafi" de Front 242ou "Der Mussolini" de D.A.F... Bon, après j’ai cofondé un label à Rennes qui s’appelaitLord’s Records avec notamment un groupe de cold wave nommé Off The Wall et son chanteur Marc Saty qui avait une voix à la Klaus Nomi. On a produit 6 ou 7 disques, ou coproduit, ou distribué des trucs comme Mum’s The World, ou encore Marco Lipz. Et après, j’ai fini mes études de droit, je suis parti en Belgique pour faire des études de journalisme, avant de revenir à paris, en passant dans un paquet de rédactions. J’ai dû bosser pour 50 ou 60 supports, magazines, et journaux différents, et quand je pouvais m’occuper de musique, j’étais ravi.

Un bon passé cold wave également ? Tu m'as cité Clan Of Xymox en particulier, Minimal Compact, les Sisters et New Order aussi...

Oui, au lycée, et sans doute dans tout le Morbihan, j’étais le seul à avoir le maxi "A Day/Stranger" de Clan Of Xymox que j’avais acheté juste en voyant la pochette. J’étais très fan de ce son prétechno, de leurs bidouillages electro. Je jouais "A Day" dans toutes les soirées où je faisais le DJ. Avec, évidemment, "Blue Monday" deNew Order. C’est le titre qui m’a fait basculer. J’adorais ce mélange de spleen et d’énergie, ce morceau qui donnait l’impression de danser comme si tu allais pleurer... How does it feel to treat me like you do... Je m’identifiais à New Order. Des potes trouvaient que je ressemblais àBernard Summer mais c’était Peter Hook qui me fascinait. J’ai même acheté une basse. Sans grand succès. C’est super dur d’en jouer quand personne ne t’a jamais rien montré. Et j’aimais Minimal Compact, parce que j’étais intrigué par le fait qu’il existe une sorte de The Cureisraélien qui puisse chanter en arabe. Gros coups de cœur pour l’instrumental "Invocation (For Things To Come)", ou des titres comme "The Traitor" et "Sananat"... Ils étaient assez populaires en Bretagne, comme les Italiens de Litfiba. Je les ai vus plusieurs fois en concert. Avec Passion Fodder.

Quelles ont été tes plus belles rencontres ? Tes plus grosses surprises ? Tes déceptions ?
Jim Kerr 
des Simple Minds, en solo, perdu dans les coulisses d’une émission présentée par Arthur. Il était tout content de tomber sur un français qui comprenait son putain d’accent écossais, et qui connaissait ses titres avant le tube "Don’t You Forget About Me". J’ai passé une nuit à New York au milieu des années 90 à me bourrer la gueule avec deux journalistes irlandaises avant d’être rejoint par Bonoqui était leur pote. Et puis Depeche Mode... Je les ai interviewés deux ou trois fois. Un jour Dave Gahan m’a appelé sur mon 06 pour la sortie de son premier album solo, Paper Monsters en 2003. Je jouais au foot avec des potes en Bretagne. Je me suis retrouvé sur un coin de table à prendre des notes avec mes copains qui gloussaient. Un de mes meilleurs souvenirs, c’est une interview avec lesYoung Gods voilà 3 ou 4 ans. J’ai écrit plusieurs thrillers, dont l’un, Le Chant des Âmes, s’appuyait sur leur musique. L’attaché de presse le leur avait dit, et ils étaient plus intéressés par l’idée de mon roman que par mes questions.

L’un de tes derniers livres a été consacré à la carrière de The Cure, avec de superbes photos, sorti aux Éditions Rock & Folk en 2020, sous le nom "In Between Years", mais tu as aussi écrit en 2016 un livre sur David Guetta, un peu aux antipodes. Pourquoi ces choix ?

En souvenir de mon adolescence... J’ai usé l’album live de The Cure avec "A Forest". Idem pour l’album Pornography dont j’ai mis des plombes à apprécier la beauté tellement il me mettait mal à l’aise. Le premier concert de ma vie, c’était The Cure au stade de La Beaujoire à Nantes avec Hard Corps en 1ère partie. Robert Smith, c’était Dieu pour nous. PourGuetta, c’est plus parce que les gens se foutaient de sa gueule, et je trouvais intéressant de raconter l’histoire de ce mec fan de hip­hop et de new wave qui a commencé à mixer en pionnier avec Laurent Garnier et a fini par devenir numéro 1 plusieurs fois aux États­Unis, tout en changeant le son des charts US.

Venons­ en à la sortie plus intime et en format presque poche de "Mark Hollis ou l'art de l'effacement", avec juste une seule illustration page 136 et une superbe photo d'un Mark songeur et fuyant l'objectif en couverture. Quel a été le déclic pour écrire sur cet homme et le groupe qu'il a façonné ?

Une soirée à Paris pour les éditionsSonatine sur une péniche. Une amie m’a présentée à Xavier Belrose, mon futur éditeur, en lui disant que je m’y connaissais en musique, et que j’avais écrit des thrillers et l’autobiographie de Franck Michaël(ce qui est vrai). Xavier, qui s’était occupé de la sortie de la biographie de Johnny Marr des Smiths en France a commencé par se foutre de ma gueule, puis on a parlé musique... Minimal CompactNew OrderThe Cure, etc. Il voulait lancer une petite maison d’édition très spécialisée dans le rock et l’indie­pop qui allait devenirLe Boulon. Il m’a demandé sur qui j’aimerais écrire si j’avais carte blanche. J’ai réfléchis deux secondes. New Order, il y avait déjà pas mal de choses. Je ne voyais pas ce que je pouvais apporter. Depeche Mode aussi. Et j’ai pensé alors à Talk Talket Mark Hollis. Ce n’était pas mon groupe préféré mais j’aimais bien leur parcours, ce qu’ils étaient devenus. Et puis, je venais de lire un papier sur The Married Monk où on parlait d’eux. Je l’ai proposé à Xavier qui a bondi comme un cabri, étant un fan inconditionnel des deux derniers albums de Talk TalkMark Hollis était encore en vie à l’époque. J’avais dans l’idée de partir dans une sorte de quête, qui aurait pu se conclure par moi allant sonner en Angleterre à son domicile, pour lui demander : "Mais où étiez­vous passé tout ce temps ?" Cela ne s’est pas passé comme ça. J’ai d’abord sorti un thriller, Dragon Noir, puis Xavier a créé sa maison d’édition et publié un premier livre sur les Television Personnalities. Je suis parti en vacances à Bali pour avancer mon projet sur Talk Talk, sachant qu’il n’y avait aucun autre vrai livre écrit sur le groupe, à part une sorte de catalogue fait par des fans. Et là­bas, le 25 février 2019, j’ai appris la disparition soudaine de Mark Hollis. C’était inattendu. Xavier a pensé un moment tout arrêter, mais je lui ai expliqué que je pensais pouvoir faire quelque chose de cohérent, et que je tenais un angle, une approche un peu différente de la façon dont Talk Talk etMark étaient perçus par les rock ­critics. Et, j’ai repris mon manuscrit.

Comment les as­tu découverts et comment es­tu tombé dans la marmite, et qu'est­ce qui t'a motivé à écrire sur une personne aussi secrète que Mark Hollis ?

En 1981 ou 82 avec "Mirror Man" et son côté orientalisant. J’ai rapidement eu le premier album sur une cassette que j’ai laminé à force. J’écoutais aussi Visage,UltravoxThe Human LeagueBig CountrySiouxsie and the Banshees,Art of NoiseDAFGrauzoneThe EssenceDance SocietyThe Chameleons... J’ai fait une sorte de parallèle bizarre mais cohérent entre Markqui décide de s’arrêter après 98 estimant qu’il avait tout "dit", voulant s’occuper de ses enfants, et un marin comme Bernard Moitessier qui, alors qu’il allait remporter la première course en solitaire à la voile autour du monde, a décidé de ne pas passer la ligne d’arrivée.


As­ tu vu le groupe en concert ? Rencontré ses membres ?

Je n’ai jamais vu le groupe en concert. Ils ont arrêté de tourner après 1986, et je n’ai jamais rencontré ses membres, notamment à cause de la pandémie, mais j’ai pu interviewer Paul Webb, le bassiste, à la tête du projet Rustin Man, qui a enregistré un 1er album avec Beth Gibbons de Portishead. J’ai aussi retrouvé et longuement parlé avec Simon Brenner, le clavier, cofondateur de Talk Talk avec Mark, et qui avait coécrit plusieurs titres du premier album. Nous devons nous voir un jour à Paris. J’ai réussi à joindre Tim Friese­ Green, producteur, co­compositeur avec Mark de plusieurs albums du groupe, mais qui a préféré décliner l’interview estimant qu’il avait déjà tout dit. Lee Harris, le batteur, s’est révélé injoignable. Il est le plus secret et le plus sauvage des anciens membres du groupe, et préfère pratiquer la pêche à la mouche, paraît­il... Après Talk Talk, il a créé le groupe .O.rang auquel Paul Webb et Beth Gibbons ont collaboré, un projet très dans l’esprit de Dead Can Dance. Et j’ai pu longuement parler avecPhill Brown, l’ingénieur du son qui a travaillé avec les Rolling StonesJimi Hendrix mais surtout sur les "mythiques" albums Spirit of Eden et Laughing Stock de Talk Talk. Nous sommes toujours en relation. Avec Simon Brenner aussi.

J'imagine que tu possèdes le sublime "Spirit Of Talk Talk" (2012), publié avec les illustrations de James Marsh qui a donné l'identité visuelle du groupe ?

Oui, c’est le livre que j’évoquais plus tôt. Il contient plein de choses et m’a beaucoup servi mais il ne prend pas en compte la dimension européenne de Talk Talk qui n’a eu du succès en Grande­Bretagne que sur la toute fin de sa carrière, et surtout grâce à des compilations vendues parfois à plus d’un million d’exemplaires.

On a l'impression que Mark s'est amusé avec le système pour rentrer par la porte de la pop comme un cheval de Troie, et y faire ensuite ce qu’il voulait, un peu à la manière de Radiohead...

Je n’ai pas été dans sa tête mais j’ai passé pas mal de temps à lire ses interviews, à regarder ses apparitions, à écouter sa musique et ses influences. J’ai l’impression qu’il voulait surtout s’exprimer, et arriver à toucher le plus de gens possibles. Il a commencé par jouer de la musique punk avec son premier groupe, The Reaction,

puis ce que l’on a appelé ensuite la new wave sur le continent européen, et la new pop en Grande­Bretagne, avant le post­ rock, et à la fin en quelque sorte une forme de jazz. Quoiqu’on en pense, ou qu’on en dise, Talk Talk au départ, c’est d’abord un groupe. Et même si Mark a fini par prendre le pouvoir, il s’est toujours entouré de collaborateurs talentueux. Quand Laughing Stock sort, il est persuadé qu’ils vont en vendre des millions d’exemplaires.

On présente souvent Talk Talk comme le groupe maudit de la new wave. J'ai bien aimé ton appréciation personnelle, quand tu dis que dès que l'on appose une étiquette à Talk Talk, celle­ci n'a pas fini de sécher qu'aussitôt, elle commence à se décoller.

Maudit... Pas tant que ça. Ils ont connu le succès public et critique. Ils ont tourné dans le monde entier, et quand Mark Hollis s’est retiré de la vie publique pour se consacrer à ses enfants, il n’a pas vécu en reclus, ou en artiste maudit. Il a continué à faire de la musique, en particulier de la clarinette, a essayé de produire quelques artistes dont Massive Attack ou Anja Garbarek. Quand àPaul Webb, il a créé le projet Rustin Man, enregistré un album culte avec Beth Gibbons de Portishead et vit tranquille à la campagne avec sa femme et ses deux filles. Pour Lee Harris, je sais moins de choses mais les disques de son groupe .O.rang font partie de mes albums de chevet. Je continue ? Tim Friese­ Green a travaillé avec Nick Cave pour la bande originale de Batman, mène son propre projet, Heligoland, et enregistre régulièrement avec sa femme Lee Friese Green (ex Lee Howton du groupe indie­ rock Sidi Bou Said) sous le nom deShort­Haired DomesticPhill Brown a été l’ingénieur du son de l’album de Dido,Life For Rent, vendu à plus de 12 millions d’exemplaires dans le monde, tout en continuant à bosser avec Robert Plant. Le seul qui a vraiment morflé, c’est Simon Brenner, parti, épuisé, au moment où Talk Talkpréparait son second album. Il a tenté de continuer avec deux projets plus ou moins new wave, avant de jeter l’éponge, de se reconvertir en coach. Il a refait de la musique longtemps après. Quand je l’ai eu au téléphone, il a fini par pleurer, ému, parce qu’il sait qu’il est passé à côté de quelque chose en quittant le groupe en 1983.

Je pense qu'il y a d'ailleurs plusieurs types de public du groupe, qui dans tous les cas réagissent, que ce soit physiquement ou émotionnellement.Tout à fait. Il y a les vieux fans, comme moi, qui les rangent avec les premiers albums de Tears For Fears, de Depeche Mode et Simple Minds. Puis ceux, très nombreux hors de Grande­Bretagne, notamment en Allemagne et aux Pays­Bas, qui les ont découverts avec leurs tubes "It’s My Life" et "Such a Shame". Ils rangentTalk Talk dans leurs étagères à CD avec ceux de Sting, de Phil Collins, d’INXS et toute cette pop maisntream des années 80. Et il y a les esthètes, les rockers érudits, parfois pédants, souvent sincères, qui révèrent les albums Spirit Of Eden,Laughing Stock et l’album solo de Mark Hollis, comme si c’était la Sainte Trinité.

Et puis, il y a ceux qui, comme moi, à nouveau, énervent tout le monde en disant que leur album préféré est The Colour of Spring avec le single "Life’s What You Make It". J’oublie une dernière catégorie que j’ai découverte en enquêtant sur le sujet : les groupies énamourées de Mark, souvent des anglophones. Il a suscité un véritable culte auprès d’un public de quinqua, parfois plus, qui le considèrent comme une sorte de Messie incompris. Quand j’ai commencé à écrire sur le groupe et Mark Hollis, je me suis pris une bordée de scuds de leur part en mode "Mais de quel droit vous écrivez sur Talk Talk et Mark Hollis ? Avez­ vous demandé l’autorisation à la famille ? Et qui êtes­vous ?" J’avais répondu gentiment que j’étais journaliste et que j’écrivais sur qui je voulais à partir du moment où mes informations étaient vérifiées, recoupées, et que si personne n’écrivait l’histoire du groupe et de Mark, un jour, plus personne n’écouterait non plus leur musique.

Tu me disais que ton éditeur Xavier était un immense de fan de Talk Talk au point de menacer de te torturer si tu ne faisais pas 2 chapitres sur Laughing Stock, et 2 chapitres sur l’album solo de Mark Hollis !!! Il s'est calmé depuis ? ;) 

Pas vraiment. Il m’en veut encore de préférer The Colour of Spring Laughing Stock. Et là, vu les demandes de nombreux fans du groupe, il s’est mis en tête de traduire le livre en anglais et de le rendre dispo aux anglophones via le crowdfunding. Et ça semble plaire, puisqu’en moins de 24 h, il a réuni les 2 361 dollars nécessaires à l’opération sur le site du Boulon (le nom de la maison d’édition de Xavier).

Ton prochain livre est donc consacré à Indochine ? Pas de lien direct avec Talk Talk ?

Non, sinon que Nicola Sirkis était fan du groupe Eddie & The Hot Rods et de leur premier album Teenage Depression sorti en 1976. C’est le frère aîné de Mark,Ed Hollis qui l’a produit.

Pour finir, ton titre éternel de Mark Hollis et la plus belle reprise qui a pu être faite ? (Ma préférée étant "Life's What You Make It" par Rowland S. Howard sur son album Pop Crimes).

Idem, "Life’s What You Make It". Mais j’écoute plutôt la reprise de Placebo en 2016. J’ai découvert récemment celle, bien barrée, du groupeWeezer. Je me permets de recommander Lo Moon qui a sorti un premier album en 2018 qui rappelle énormément Talk Talk, au risque d’ailleurs d’énerver les fans. Pour l’anecdote, leur guitariste, Samuel Stewart, est le fils de David A. Stewart

Un mot pour nos lecteurs ?

J’espère ne pas vous avoir trop saoulé. J’aimerai bien lire un bon livre sur la new wave et le post­punk en France.

Entretien réalisé par Clément Photo portrait : Adeline Thomas Illustrations "papillons" : James Marsh


Interview à propos de mon livre sur Mark Hollis et Talk Talk publié dans le fanzine Twice (n°76 / Octobre 2021)









 


Pour se procurer Twice, s'abonner à Twice, jeter un coup d'oeil dans le sommaire du numéro en cours...

Un lien : https://www.twicezine.net


Une itw sur la chaîne YouTube du Souffleur de Coffrets : de Talk Talk à Radiohead....


 

La couverture définitive de mon prochain (beau) livre : Indochine Dizzidence Rock'n'Roll - Publication prévue au 1er octobre


 

Mise en ligne sur YouTube ce vendredi 27 août à 18h de l'émission spéciale Mark Hollis menée par Le Souffleur de Coffrets

 Mise en ligne sur YouTube ce vendredi 27 août à 18h de l'émission tournée avec le YouTubeur érudit Le Souffleur de Coffrets avec une interview autour de Mark Hollis, de Talk Talk, évoquant aussi leurs successeurs ou héritiers assumés (ou pas) avec notamment Radiohead ou encore Massive Attack... En s'appuyant sur mon livre "Mark Hollis, ou l'art de l'effacement" publié aux Editions du Boulon.





Un entretien sur Mark Hollis (Talk Talk) publié par Ouest France à l'occasion de la publication du livre Mark Hollis, ou l'art de l'effacement

 







Dans les années 1980, le groupe britannique Talk Talk a connu un énorme succès au gré de plusieurs tubes Le journaliste et écrivain Frédérick Rapilly a décidé d’écrire un livre sur cet étonnant parcours. Le premier du genre sur un musicien bien plus influent qu’il n’y paraît.

Talk Talk, ce sont des tubes énormes. Such a ShameIt’s My Life… De toutes les soirées dans les années 1980 et même ensuite. Pour les passionnés de musique, Talk Talk et leur leader Mark Hollis,ce sont aussi (surtout) des albums en apesanteur : Spirit of EdenLaughing Stock.

Des disques que l’on évoque comme des trésors et qui inspireront, en vrac, le post-rock, les musiques électroniques, Dominique A et Alain Bashung.

En 1998, Mark Hollis sort son unique album solo puis se retire, bouclant un parcours qui l’a mené des tubes tonitruants à une quête du silence. Sacha Guitry disait que le silence après du Mozart, c’est encore du Mozart. Mark Hollis aura fait sien ce trait d’esprit, pesant chaque note qu’il jouait comme d’autres le font avec les mots.

Le journaliste et écrivain Frédérick Rapilly a souhaité écrire ce parcours hors norme. Il trouvait l’histoire belle, il a eu envie de la raconter, à travers des archives et aussi des témoignages d’anciens musiciens de Talk Talk.

Son fantasme était de réussir à toquer à la porte de Mark Hollis. Cela n’arrivera jamais. Hollis est décédé en février 2019, à 64 ans. Cela n’a pas découragé Frédérick Rapilly de finir cette biographie, intitulée Mark Hollis ou l’art de l’effacement. La première du genre toutes langues confondues.

Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre sur Mark Hollis ?

Lors d’une conversation avec l’éditeur Xavier Belrose à un salon du livre, il y a trois ans. On m’a présenté à lui en disant que j’étais auteur de polar mais que j’écrivais aussi sur la musique. Je venais de finir un livre sur Frank Michael ! Il a éclaté de rire et puis nous nous sommes découvert des goûts communs : Litfiba, Minimal Compact… Il voulait lancer une maison d’édition, Le Boulon, autour du rock et m’a demandé sur quel personnage j’aurais voulu écrire. J’ai tout de suite dit Mark Hollis.

Pourquoi ?

Je venais de lire une interview des Married Monk où le groupe évoquait Mark Hollis. Ça m’avait remis son histoire en tête et je le trouvais belle. Il était un peu comme J.D. Salinger (l’auteur de L’Attrape-cœurs) ou le navigateur Bernard Moitessier, qui alors qu’il allait gagner la première course autour du monde en solitaire, avait décidé d’abandonner pour continuer à naviguer. Comme eux, à un moment, Mark Hollis a décidé de choisir seul son destin et de disparaître du monde de la musique. Le fantasme, c’était de réussir à le retrouver et toquer à sa porte.

Ça évoque quoi, pour vous, Talk Talk ?

Quand j’étais ado, du côté de Vannes, j’avais mon panthéon pop avec Depeche Mode, New Order, Simple Minds et The Cure. Talk Talk était juste à côté. Pas en dessous mais vraiment à côté. J’avais accroché à leur premier album que j’avais dégotté je ne sais plus comment. Surtout la chanson Mirror Man. Comme je faisais le DJ dans les boums, je le passais souvent. C’était de la pure pop lumineuse.

Et puis après il y a eu les gros tubes, Such A Shame et It’s My Life qu’on écoutait en soirée. Et le troisième album The Color of Spring avec ce titre, Life’s What You Make It. J’adorais cet équilibre entre pure pop et le côté intello qui a pris de plus en plus d’importance ensuite sur les albums « silencieux ». Je n’ai jamais été un fan absolu mais j’avais envie de raconter son histoire.

Au fil des années, tout un mythe s’était créé autour de Mark Hollis…

Oui. Avec un côté savant fou, enfermé dans son studio. Presque un côté messianique. Mais j’avais l’intuition qu’au contraire Mark Hollis était un type plutôt normal. Il disait qu’il avait juste tourné le dos à l’industrie de la musique pour pouvoir s’occuper de sa famille. Quelqu’un qui de toute façon à l’air d’avoir vécu plutôt heureux.

Un an après le début de ce projet, la nouvelle de la mort de Mark Hollis tombe, en février 2019. Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Quand je l’apprends, je suis en vacances à Bali et j’entends ça à la radio. Mon éditeur me dit que c’est foutu pour le livre. Je lui dis que non. L’idée n’était pas forcément de rencontrer Mark Hollis. Et puis il reste une histoire à raconter. Aucun livre n’a été écrit sur Mark Hollis. Il y a bien un livre en anglais Spirit of Talk Talk mais, écrit par des fans, il était très hagiographique et ne voulait surtout pas égratigner le mythe.

Comment avez-vous du coup procédé ?

Au départ, je me suis heurté à beaucoup de circonspection, notamment dans les forums de fans qui estimaient que je n’étais pas légitime à écrire sur Mark Hollis. Pour Talk Talk, il y a vraiment deux mondes : le grand public qui connaît les tubes et les spécialistes qui défendent la statue du commandeur.

J’ai interviewé Paul Webb (le bassiste) à l’occasion de la sortie du dernier album de son projet Rustin Man. Mais s’il m’a raconté certaines anecdotes, il m’a surtout dit qu’il était passé à autre chose. Simon Brenner, le premier membre oublié du groupe, m’a directement contacté parce qu’il voulait raconter sa version. Phill Brown, l’ingénieur du son qui a travaillé étroitement avec Mark Hollis, avait lui à cœur de tout raconter parce qu’il avait plus de recul. Il est le plus détaché de tout ça. Il a continué sa carrière ensuite, c’est lui qui est derrière les albums de Dido qui sont vendus par millions.

Avec d’autres, ça a été plus compliqué…

Le producteur Tim Friese-Greene m’a clairement dit qu’il était opposé à l’idée même d’un livre sur Talk Talk. J’ai l’impression qu’il vit désormais dans sa tour d’ivoire. Le batteur Lee Harris ne m’a jamais répondu. C’est le taiseux du groupe, je crois qu’il se consacre désormais à la pêche à la mouche. Par contre, c’était ma limite, je n’ai pas cherché à approcher la famille de Mark Hollis. J’ai fait savoir à son entourage, après sa mort, que j’écrivais un livre sur lui mais personne ne m’a ensuite contacté.

Est-ce qu’il reste des enregistrements inédits de Talk Talk ?

Le groupe avait pour principe d’effacer toutes les prises qui ne lui convenaient pas. C’est aussi ça, l’art de l’effacement dont parle le titre du livre. Du coup, tout ce que Talk Talk a enregistré a été publié. Phill Brown m’a dit que le cinéaste Wim Wenders avait sollicité Mark Hollis pour une bande originale. Est-ce qu’il en reste des traces ? Et puis, Mark Hollis a continué à jouer de la musique après s’être retiré. Est-ce qu’il y avait quelqu’un pour l’enregistrer ? Cela reste un mystère.

Quelles sont les réactions depuis la publication du livre ?

Le livre est sorti à 1 500 exemplaires mais j’ai été contacté par des fans du monde entier. D’Australie, du Canada. Des fans russes nous ont demandé une traduction et on prépare avec l’éditeur une version anglophone que l’on va financer en crowdfunding. Un éditeur anglais nous avait contactés mais ça n’a pas abouti. Il faut savoir qu’il y a toujours eu un hiatus entre Talk Talk et l’Angleterre. Le groupe est un peu oublié et a surtout connu un succès public à la sortie de best-of à la fin des années 1990.

Qu’est-ce qu’il reste aujourd’hui de Talk Talk et de la musique de Mark Hollis ?

Derrière les quatre cinq tubes que tout monde connaît, il a eu une énorme influence sur la musique des années 1990, notamment le post-rock et le trip-hop de Portishead et Massive Attack. Ici, Dominique A et Bashung ont dit clairement s’être inspirés des derniers albums de Talk Talk.

Mark Hollis était vraiment un fabricant de son et qui sait ce qu’il serait devenu avec toute la technologie désormais à disposition. Peut-être un super DJ d’electro ? Mais il y a surtout un rapport particulier à ses derniers albums, que ce soit Spirit of EdenLaughing Stock et son album solo qui porte juste son nom. C’est un peu comme des portes cachées dans un jeu de rôle que l’on découvre après une quête musicale. Des disques de l’intimité que l’on a envie de partager mais qui restent un plaisir singulier. Des trésors.


Podcast Rock & Folk - Faut qu'on parle... sur Indochine

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